– C’est habituel en novembre ? S’inquiète Pierre.
– C’est le climat du Nord de l’Amérique. Cette tempête était annoncée de toute façon.
– Et si on ne peut plus circuler ? S’alarme Marie.
– On s’arrêtera ! Déclare Ray avec bonhomie. J’ai un chauffage d’appoint dans la cabine, et un camping-gaz. On se fera des soupes chaudes…
« Le camion ne risque pas de glisser ? » s’affole la jeune femme en apercevant les précipices avec lesquels la route flirte.
– Avec le poids du chargement, il tient mieux qu’une voiture ! Il suffit d’y aller doucement. On est équipé, nous autres. On traverse cette région deux fois par mois !
Un chasse-neige croise le convoi. Les deux lames raclent le sol. Elles ressemblent aux deux énormes incisives d’un monstre qui ne serait que mâchoire. Elles projettent des jets de poudre blanche sur les bas-côtés. Sous la fine couche qui ondule, la route est presque sèche. La CB répand l’inquiétude des routiers. Ils sont en alerte, s’informent sur l’état du réseau, les itinéraires des engins de déneigement.
– Il y a une « déblayeuse » derrière nous, certifie le chauffeur. Elle est à quelques miles en amont. Elle dégage la grimpe que nous venons de passer. Je vais me ranger sur un accotement un peu plus bas, et la laisser prendre les devants. Elle nous ouvrira le chemin.